En grève, les pompiers français en appellent à l'État : "On est traités comme du bétail !"
En grève, les pompiers français en appellent à l'État : "On est traités comme du bétail !"
En première ligne depuis juin face aux mégafeux subis par plusieurs régions de France, tout en continuant d'assurer au quotidien les secours à la personne – et jusqu'à des missions qui ne leur incombent normalement pas –, les pompiers sont appelés à une grève de plus de six semaines à compter de mardi. Stéphane Lessire, porte-parole Sud SDIS national, était l'invité de France 24.
"Ce qu'on veut, ce sont des actes concrets, pas des caresses, des belles paroles ou des preuves d'amour", affirme Stéphane Lessire, porte-parole Sud SDIS national, invité de France 24, évoquant un sentiment de dégoût après "tant de temps perdu".
Avec cinq millions d'interventions chaque année, et un été marqué par des feux d'une virulence inédite où quatre d'entre eux ont laissé leur vie, les pompiers français se disent épuisés. Ils sont appelés, mardi 8 septembre, à une grève de plus de six semaines afin d'arracher une hausse des moyens financiers, matériels et humains au gouvernement, qui doit présenter le même jour les premiers chapitres d'un projet de loi de modernisation de la sécurité civile.
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"L'État doit prendre sa part dans le financement"
"Cela fait 20 ans que la sécurité civile n'a pas été réformée, que les différents gouvernements préfèrent mettre le sujet sous le tapis", déplore le responsable syndical, qui affirme que les pompiers croulent sous des interventions toujours plus nombreuses en raison de la suppression des services publics.
"On est les couteaux-suisses de tout le monde : on augmente énormément nos interventions, mais on n'augmente pas les budgets. Quand on fait le ratio avec l'augmentation de l'inflation, on est en-dessous", poursuit Stéphane Lessire, qui évoque une dépendance des SDIS (Service départemental d'incendie et de secours) au financement des collectivités territoriales qui ne peut plus durer.
"L'État ne finance pas les services départementaux, et si on veut avoir des moyens supplémentaires, l'État nous dit d'aller voir les collectivités territoriales… C'est du régalien, l'État doit prendre sa part dans le financement de nos services départementaux !"
Sur les plus de six milliards d'euros de budget des SDIS, plus de cinq milliards sont en effet financés par les collectivités territoriales, dont 59 % par les départements, d'où de grandes disparités selon les territoires.
"On en prend plein les poumons, on mange avec des mains dégueulasses !"
Alors que de nombreux pompiers mobilisés sur les mégafeux de l'été déploraient des équipements obsolètes, incomplets, et donc dangereux, et de devoir souvent acheter eux-mêmes leurs équipements, Stéphane Lessire abonde : "Les cagoules n'existent pas, elles ne servent à rien à part décorer, on en prend plein les poumons, on mange avec des mains dégueulasses parce qu'on a aucun moyen de se les laver… On est traités comme du bétail, il n'y a aucune considération de l'État !"
La santé est une autre revendication majeure des syndicats. "Ce qui nous met en colère, c'est qu'on ne soit pas reconnu métier dangereux", résume auprès de l'AFP Xavier Boy, du syndicat FA SPP-PATS et porte-parole de l'intersyndicale.
Plusieurs soldats du feu sont morts en intervention cette année, et des dizaines d'autres ont été blessés, en particulier lors des mégafeux du Sud-Ouest.
"Regardez le public qui a souffert de cette fumée, qui était pourtant diffuse : imaginez maintenant ce que le sapeur-pompier au cœur du sinistre récupère [dans les poumons]", poursuit Stéphane Lessire. "Aujourd'hui, on a un gouvernement qui est complètement bouché sur tout, et qui refuse de reconnaitre qu'on n'est pas du tout à la hauteur de la crise climatique qui vient rajouter de l'intervention souvent exceptionnelle à une situation qu'on n'arrive déjà plus à gérer."
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Chats perdus, accouchements… et pannes d'ascenseur
De l'homme qui fait un AVC à la dame qui a perdu son chat, les pompiers sont appelés sur des interventions très diverses, parfois dans des proportions qui, selon Stéphane Lessire, dépassent l'entendement.
"On appelle les sapeurs-pompiers pour dépanner les ascenseurs, car cela coûte moins cher aux ascensoristes ; on reçoit des appels pour des pannes sur autoroutes, mais n'est-ce pas aux assurances de prendre cette charge-là ?"
Autant d'interventions auxquelles les pompiers répondent malgré tout, mais qui surchargent les plateformes du 18. "On n'a jamais fait autant d'accouchements, on transporte des malades jusqu'à l'hôpital, car les ambulances privées ne peuvent pas tout assumer", énumère le porte-parole Sud SDIS national, alors que les pompiers demandent un recentrage de leurs missions.
Rappelant les trois piliers du métier – protection des personnes, protection des biens, et protection de l'environnement –, Stéphane Lessire dresse un bilan sévère : "Entre les maisons brûlées en Gironde, et les nombreuses forêts parties en fumée cet été [plus de 100 000 hectares au total ont brûlé en France, NDLR], on a échoué sur les deux derniers piliers. Mais ce n'est pas la faute des pompiers, c'est la faute d'un État qui a décidé de se désengager complètement de la sécurité civile."
Même si le mouvement n'aura pas d'impact sur les secours car des réquisitions sont possibles, des Landes au Limousin ou à la région parisienne, les attentes sont très fortes et les pompiers professionnels comptent déployer banderoles et messages sur les camions pour les signifier.
Leur préavis court jusqu'au 20 octobre, date du début de l'examen du projet de loi de finances censé contenir d'autres mesures les concernant, avec comme point d'orgue une manifestation à Paris le 29 septembre.
Avec AFP
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