Terminator II avait
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Terminator II avait-il raison ?
En 1991, James Cameron mettait en scène la robotique du futur – telle qu’on l’imaginait alors – dans le deuxième volet de sa saga Terminator, de retour en salle aujourd’hui. Si, en 35 ans, ce film est devenu un marqueur culturel mondial, y compris parmi la communauté des roboticiennes et roboticiens, que nous apprend-il de la robotique ? A-t-il vu juste dans le développement de ce secteur ?
Indéniablement, non. Ni l’holocauste nucléaire en 1997 ni la guerre entre humains et machines qui s’est ensuivie dans la saga n’ont eu lieu. Au-delà des éléments fictionnels, il suffit de regarder où en sont les robots actuels pour mesurer l’inanité d’un tel conflit pour l’heure. Malgré les prouesses des robots exposés au salon de Beijing à l’été 20261, la plupart des modèles humanoïdes peinent encore à ouvrir une simple porte, surtout si elle est lourde. Pire : lors du salon VivaTech, à Paris, en juin dernier, deux robots danseurs de la start-up RebuildAI ont défrayé la chronique, pas tant pour leurs performances artistiques que pour avoir cassé deux écrans derrière eux, qu’ils n’avaient pas perçus dans leur entrain2… No problemo pour les avoir comme adversaires !
Quid de l’intelligence artificielle, figurée à l’écran par le redoutable ordinateur Skynet, à l’origine du « Jugement dernier » atomique ? Certes, l’IA a fait des bonds de géant en 35 ans, et le succès de ChatGPT et des autres chatbots d’intelligence artificielle générative depuis 2022 l’a désormais inscrite dans le quotidien de centaines de millions de personnes. Pour autant, peut-on dire de ChatGPT et consorts qu’ils sont intelligents ? Ils imitent les réponses humaines, très bien par ailleurs, mais est-ce là une forme d’intelligence ? Rien n’est moins sûr.
Les limites de la robotique
Imiter l’humain, c’est bien ce qu’essaient d’accomplir les recherches en robotique pour l’heure. Et pas de le dépasser, comme le terrible robot T-1000 (joué par Robert Patrick), capable, dans Terminator II, de reconstituer son corps éclaté en mille fragments à l’aide de nanoparticules, malgré sa congélation à l’azote liquide et sa destruction à l’arme lourde par le T-800 (incarné par Arnold Schwarzenegger).
Pour autant, la robotique a réalisé dans ce domaine des avancées surprenantes. Les robots de Boston Dynamics s’affranchissent même des limitations de l’anatomie humaine. Alors que vous et moi ne pouvons tourner la tête que d’un côté et de l’autre sur un axe de 180°, la dernière version des robots Atlas de l’entreprise étatsunienne fait fi de la symétrie et peut la tourner sur 360°. De sorte qu’ils peuvent littéralement avoir un œil à l’arrière de leur tête sans avoir à se retourner complètement pour voir ce qui se passe derrière eux !
Pas de robot combattant
Qu’en est-il des robots de guerre, au cœur de la saga ? Pour l’instant, mieux vaut ranger Terminator au rayon science-fiction. Oui, l’IA et la robotique gagnent du terrain sur le front ukrainien, mais pas sous la forme d’humanoïdes autonomes armés jusqu’aux dents. Les vrais progrès suivent deux voies séparées. D’un côté, des systèmes d’information comme Delta (suite informatique employée par l’armée ukrainienne dans le conflit qui l’oppose à la Russie), qui automatisent la perception et la coordination du champ de bataille. Et, de l’autre, des drones (« la peste noire du troisième millénaire », selon les mots de « Madyar », le fondateur du corps de drones sans pilote ukrainien3) et des robots terrestres encore simples, souvent roulants ou chenillés, largement téléopérés.
Pour déverrouiller la ligne de front, l’armée ukrainienne a en effet mis sur pied une impressionnante capacité d’innovation. Outre les milliers de drones qu’elle envoie quotidiennement derrière les lignes russes, elle a su éviter des pertes humaines inutiles en remplaçant ses fantassins par des tracteurs automatisés pour approvisionner sa première ligne, en proie à des bombardements constants. Plutôt que sur les robots humanoïdes, l’armée ukrainienne mise sur des robots terrestres quadrupèdes. L’usage massif de ces derniers, couplé aux drones aériens, lui a permis de remporter mi-avril 2026 une première victoire uniquement à l’aide de machines, sans infanterie sur le terrain. Bref, beaucoup d’yeux, de capteurs et de liaisons de données, mais pas encore de T-800 dans les tranchées.
Course à l’innovation militaire et prolifération des conflits
Pour autant, la guerre constitue, comme bien souvent, un accélérateur d’innovations. Et, en ce domaine, le conflit russo-ukrainien a fait faire à la robotique militaire des bonds de géant depuis quatre ans. La flexibilité de l’armée ukrainienne, gage de ses récents succès, intéresse d’ailleurs au plus haut point l’armée française, qui s’inspire des robots ukrainiens pour développer son propre modèle. Le robot terrestre Pendragon, pétri d’intelligence artificielle, est en cours de démonstration, avant un déploiement initial en 20274.
Cette course à l’innovation a des conséquences bien au-delà du champ de bataille. À l’arrière, de nombreuses industries ont senti le bon filon et reconverti une partie de leur appareil productif des applications civiles vers les militaires. En France, par exemple, l’entreprise automobile Renault a réaménagé son usine du Mans pour y construire un drone de défense5. Qu’adviendra-t-il de cette ligne de production si les tensions actuelles diminuent ?
Le risque est grand, en effet, que des acteurs industriels privés trouvent un intérêt économique à revendre leurs produits en créant de nouveaux marchés… soit autant de conflits potentiels. En Afrique, on assiste dès à présent à une prolifération de conflits où sont employés des drones. Une prolifération mondiale que, pour l’heure, personne ne sait contrôler.
La robotique, un choix de société à questionner
Ces développements militaires ne sont pas sans générer d’inquiétude. Et c’est là tout l’intérêt de Terminator II. Plus qu’à sa capacité de prospective en robotique, la force du film tient à sa ligne éthique. Dès 1991, James Cameron alertait sur les dangers du technosolutionnisme, en figurant un état-major étatsunien qui, en situation de crise, accorde les pleins pouvoirs à son IA de défense, Skynet, précipitant ainsi la guerre nucléaire. Vendue comme une solution miracle dans le film, Skynet n’est pas sans évoquer les discours technophiles promus par certains dirigeants de la Silicon Valley, qui promettent monts et merveilles avec leurs outils.
Or ce que nous enseigne Terminator II, c’est qu’il faut questionner la robotique en tant que choix de société. Son développement n’est ni neutre ni inéluctable. Il résulte de décisions politiques et économiques. D’autres options demeurent possibles – en témoigne la régulation européenne de l’intelligence artificielle6, dont, en tant que roboticiens, nous sommes particulièrement satisfaits. Car, en freinant et en encadrant le développement de cette technologie, l’Union européenne invite à en reconsidérer la place face aux défis sociétaux. Est-elle nécessairement la réponse la plus adaptée, comme le proclament ses promoteurs ? Pas sûr.
Dès lors, faut-il continuer la recherche en robotique humanoïde ? Comme roboticiens, nous en sommes persuadés, tout en sachant reconnaître ses limites et la nécessité d’établir des garde-fous. Au demeurant, travailler dans ce domaine nous permet de nous émerveiller chaque jour de celles et ceux que nos modèles imitent – les êtres humains. Chacun et chacune d’entre nous mesurons à chaque blessure combien nos corps, capables de se régénérer d’eux-mêmes, sont incroyables. Aucun robot n’est à ce jour capable d’un tel exploit.
Et, en parlant de robot, que faire si jamais un Terminator vous poursuivait ? Armez-vous d’une pelle et frappez-le à l’arrière de la nuque. Vous neutraliserez sa perception de l’environnement et le rendrez ainsi complètement inoffensif. Hasta la vista, baby… jusqu’à ce qu’un modèle plus perfectionné le remplace, plus rapidement que prévu.
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Terminator II : le Jugement dernier, film de James Cameron, en salle le 2 septembre 2026
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- 1. Voir « Les entreprises chinoises roulent des mécaniques au salon de la robotique de Pékin », TV5 Monde, 19 août 2026 : https://tinyurl.com/salonrobot ; et « À Pékin, une ribambelle de records sportifs pulvérisés par… des robots », Libération, 23 août 2026 : https://tinyurl.com/recordsrebots
- 2. Voir : https://www.youtube.com/shorts/oWC-714z1pM
- 3. Voir « “Les drones sont la peste noire du troisième millénaire” : rencontre avec “Madyar”, l’homme qui dirige la guerre des “oiseaux” en Ukraine », Le Monde, 26 juillet 2026 : https://tinyurl.com/lemonde-drones
- 4. Voir : https://tinyurl.com/pendragon-robot
- 5. Voir « Renault avance à pas comptés dans la production de drones militaires », Le Monde, 6 mai 2026 : https://tinyurl.com/Renault-drone
- 6. Voir « Intelligence artificielle : le cadre juridique européen de l'IA (AI Act) », vie-publique.fr, 4 août 2026 : https://tinyurl.com/europe-IA ; et le texte du réglement (UE) 2024/1689 du Parlement européen et du Conseil du 13 juin 2024 établissant des règles harmonisées concernant l’intelligence artificielle, Journal officiel de l’Union européenne : https://tinyurl.com/regl-UE-IA
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