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Expulsions vers des pays tiers : l'ampleur de la politique de l’administration Trump en chiffres

Expulsions vers des pays tiers : l'ampleur de la politique de l’administration Trump en chiffres Depuis janvier 2025, l’administration Trump a expulsĂ© plus de 25 000 personnes vers des pays dits "tiers", qui ne sont pas leur pays d’origine. Forbidden Stories et France 24, en s’appuyant sur un consortium de 26 mĂ©dias internationaux, ainsi que sur le travail d’ONG, des sources ouvertes et des informations de terrain, ont recensĂ© et cartographiĂ© ces transferts. Notre enquĂȘte permet de donner un aperçu de l’ampleur de cette politique d’expulsions massives, entourĂ©e d’une grande opacitĂ©. Rabbiatu Kuyateh parle des États-Unis comme de son pays : "C'est lĂ -bas que je me suis toujours sentie chez moi." Elle est pourtant nĂ©e et a grandi en Sierra Leone, mais a fui la guerre civile dans les annĂ©es 1990. Aux États-Unis, oĂč elle a vĂ©cu plus de trente ans, elle a fondĂ© une famille et exerçait en tant qu'infirmiĂšre grĂące Ă  des permis de travail renouvelables – sans jamais avoir obtenu le statut de rĂ©sidente permanente. "J'ai travaillĂ© dur, j'ai payĂ© mes impĂŽts", insiste-t-elle. Ça ne l'a pas empĂȘchĂ©e d'ĂȘtre arrĂȘtĂ©e dĂ©but juillet 2025 lors d'un contrĂŽle de routine auprĂšs de la police de l'immigration (ICE) Ă  Baltimore, dans le Maryland. AprĂšs quatre mois passĂ©s en dĂ©tention, elle a appris qu'elle allait ĂȘtre expulsĂ©e au Ghana, Ă  plus de 1 000 kilomĂštres de son pays d'origine. "J'ai dit : 'Je ne suis pas du Ghana. Qu'est-ce que j'irais faire lĂ -bas ? Je n'ai vu ce pays que sur une carte ; je ne sais mĂȘme pas oĂč ça se trouve'", se souvient-elle. Retrouvez notre dossierDeportation Project : enquĂȘte sur les expulsions de masse vers l'Afrique de l'administration Trump Plus de 25 000 personnes expulsĂ©es vers un pays tiers Depuis l'arrivĂ©e de Donald Trump au pouvoir en janvier 2025, plus de 25 000 personnes ont Ă©tĂ© expulsĂ©es vers un pays autre que leur pays d'origine et avec lequel elles n'ont souvent aucun lien, selon le dĂ©compte rĂ©alisĂ© par un consortium de 26 mĂ©dias internationaux menĂ© par Forbidden Stories. Une trĂšs large majoritĂ© d'entre elles, quelque 20 000 personnes, a Ă©tĂ© expulsĂ©e au Mexique ; les autres – au moins 5 447 personnes au 31 aoĂ»t 2026 – ont Ă©tĂ© envoyĂ©es aux quatre coins du monde par le biais de vols d'expulsion. Ces "expulsions vers des pays tiers" ("third-country removals", en anglais) sont devenues l'une des composantes centrales de la politique migratoire rĂ©pressive de l'administration Trump. Ces derniers mois, celle-ci a multipliĂ© les accords en ce sens – des arrangements avec diffĂ©rents pays, souvent tenus secrets. Les communications officielles sur ces expulsions demeurent rares, elles aussi. "Au dĂ©but de cette administration, ils Ă©taient ouverts sur le fait qu'ils effectuaient ces transferts. Mais depuis un an, ils se sont montrĂ©s trĂšs opaques", rapporte Savi Arvey, directrice des politiques, des droits des rĂ©fugiĂ©s et des immigrĂ©s Ă  l'ONG Human Rights First. Pour "faire la lumiĂšre sur ces transferts", l'organisation se base sur les donnĂ©es publiques de suivi d'avions, ainsi que sur un rĂ©seau d'ONG, d'avocats et de sources de terrain. Elle partage ses informations via le projet ICE Flight Monitor, qui traque ces vols d'expulsion, et le site de suivi Third-country Deportation Watch, créé avec l'ONG Refugees International. En nous appuyant sur leur travail, sur celui du Human Rights Center de l'UniversitĂ© de Berkeley, ainsi que sur des demandes d'accĂšs Ă  l'information auprĂšs des autoritĂ©s des pays concernĂ©s et sur des informations publiĂ©es par des journalistes du monde entier ou recueillies par les avocats des personnes expulsĂ©es, nous avons pu cartographier un grand nombre de ces transferts et Ă©tablir un nombre, Ă  minima, de personnes expulsĂ©es ainsi que leur nationalitĂ© (voir notre mĂ©thodologie ici). Des accords conclus avec 35 pays sur six continents Au 31 aoĂ»t 2026, 28 pays situĂ©s sur six continents avaient ainsi dĂ©jĂ  reçu des citoyens de pays tiers. Par ailleurs, l'administration Trump avait conclu des accords permettant l'expulsion de ressortissants de pays tiers vers sept autres pays, sans que des transferts n'aient encore eu lieu. (Entre-temps, l'un de ces pays, le Guyana, a lui aussi reçu son premier transfert de ressortissants de pays tiers – six personnes originaires de Cuba et d'Afghanistan y ont Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©es dĂ©but septembre.) Pour afficher ce contenu , il est nĂ©cessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicitĂ©. Pour un meilleur confort de lecture sur un Ă©cran large, afficher la carte en grand. Plus de 5 000 personnes expulsĂ©es par avion Les quelque 20 000 personnes expulsĂ©es vers le Mexique, selon un dĂ©compte de Third Country Deportation Watch, l'ont Ă©tĂ© par voie terrestre et ce, bien qu'il n'y ait pas d'accord officiel entre les deux pays. Pour le reste, soit donc au moins 5 447 personnes de 89 nationalitĂ©s, les expulsions ont Ă©tĂ© effectuĂ©es par avion Ă  des rythmes variables selon les pays. C'est au Guatemala, juste au sud du Mexique, que le deuxiĂšme plus gros contingent de ressortissants de pays tiers a Ă©tĂ© transfĂ©rĂ© : prĂšs de 3 000 personnes y ont Ă©tĂ© expulsĂ©es, dont 90 % Ă©taient mexicaines. Quatre autres pays d'AmĂ©rique centrale ont chacun reçu plus de 250 individus : le Costa Rica, le Honduras, le Panama et le Salvador. À lire aussi dans notre dossierSans passeports ni repĂšres : au Cameroun, les naufragĂ©es de la politique migratoire de Trump Douze pays de destination en Afrique, le Ghana en tĂȘte Les personnes expulsĂ©es ne le sont pas seulement vers le continent amĂ©ricain. "Lors du premier mandat de Donald Trump, des accords avaient Ă©tĂ© conclus avec le Mexique et trois pays d'AmĂ©rique centrale [Guatemala, Honduras et Salvador, NDLR]", dĂ©taille Savi Arvey. "Mais aujourd'hui, cela s'Ă©tend Ă  des pays des CaraĂŻbes, d'AmĂ©rique du Sud, d'Afrique et mĂȘme Ă  certains pays d'Europe de l'Est." Treize pays ayant conclu des accords avec les États-Unis – soit plus d'un tiers du total – sont ainsi situĂ©s en Afrique, principalement en Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale. Parmi eux, douze avaient reçu des ressortissants de pays tiers au 31 aoĂ»t 2026, accueillant au total plus de 450 personnes. Le Ghana est Ă  ce jour le pays africain ayant acceptĂ© le plus grand nombre d'individus, avec plus de 100 ressortissants de pays tiers reçus, selon les avocats qui suivent les dossiers des personnes expulsĂ©es. La RĂ©publique centrafricaine, la GuinĂ©e Ă©quatoriale, le Cameroun, la Sierra Leone ou encore l'Eswatini ont chacun reçu plusieurs dizaines de personnes. À voir aussiICE, Trump et l'Afrique : accords secrets, vies sacrifiĂ©es Pour Savi Arvey, l'une des nouveautĂ©s est Ă©galement que ces accords sont dĂ©sormais conclus avec des pays "avec lesquels les États-Unis n'envisageaient pas auparavant de s'associer", y compris dans le cas d'un "gouvernement autocratique et corrompu comme celui de la GuinĂ©e Ă©quatoriale". "Il semble que l'objectif des États-Unis soit de conclure des accords. Le profil du pays, son bilan en matiĂšre de droits humains n'ont aucune importance." "J'avais commencĂ© une nouvelle vie aux États-Unis, je me sentais en sĂ©curitĂ©" Selon notre dĂ©compte, les individus transfĂ©rĂ©s sont originaires de prĂšs de 90 pays diffĂ©rents, principalement d'Afrique et d'AmĂ©rique centrale et du Sud. Malick (pseudonyme), un SĂ©nĂ©galais expulsĂ© Ă  bord du mĂȘme vol que Rabbiatu Kuyateh, Ă©tait arrivĂ© aux États-Unis en 2023, fuyant son pays pour des raisons de sĂ©curitĂ©. Il avait obtenu un permis de travail. "J'avais commencĂ© une nouvelle vie aux États-Unis, je me sentais en sĂ©curitĂ©", se remĂ©more-t-il. Tout comme Rabbiatu Kuyateh, il bĂ©nĂ©ficiait d'une "suspension d'expulsion" ("withholding of removal" en anglais), une protection accordĂ©e aux personnes ayant dĂ©montrĂ© qu'elles couraient un risque de persĂ©cution ou de torture dans leur pays d'origine et empĂȘchant leur renvoi dans ce dernier. L'administration Trump a affirmĂ© Ă  maintes reprises que les expulsions visaient des personnes ayant commis des infractions pĂ©nales. En juin 2025, le ministĂšre de la SĂ©curitĂ© intĂ©rieure (DHS) assurait qu'il s'agissait "d'Ă©trangers dont la barbarie est telle que leurs propres pays refusent de les rĂ©admettre, notamment des meurtriers condamnĂ©s, des violeurs d'enfants et des trafiquants de drogue". Mais les rapports publiĂ©s par diffĂ©rentes ONG, tout comme les interviews menĂ©es par le consortium avec 33 personnes expulsĂ©es, mettent en doute ce narratif. "Je n'ai jamais Ă©tĂ© impliquĂ©e dans aucun crime, j'ai toujours respectĂ© la loi", souligne Rabbiatu Kuyateh. Comme elle, la grande majoritĂ© des individus envoyĂ©s vers des pays africains n'ont pas d'antĂ©cĂ©dents judiciaires, selon Alma David, une avocate amĂ©ricaine reprĂ©sentant des dizaines de personnes expulsĂ©es sur le continent. Et parmi les personnes envoyĂ©es vers des pays tiers qui avaient Ă©tĂ© condamnĂ©es, beaucoup avaient purgĂ© leur peine, parfois depuis des annĂ©es. Au sein d'un consortium de 26 mĂ©dias internationaux coordonnĂ© par Forbidden Stories, France 24 a enquĂȘtĂ© sur les accords secrets conclus entre l'administration Trump et plusieurs pays africains, dĂ©signĂ©s comme "pays tiers", prĂȘts Ă  accueillir des personnes sans papiers arrĂȘtĂ©es par l'ICE aux États-Unis. Du Ghana au Cameroun, en passant par l'Eswatini, nos journalistes ont suivi pendant plusieurs mois le destin brisĂ© de personnes abandonnĂ©es dans des pays avec lesquels elles n'ont aucun lien. Leur enquĂȘte rĂ©vĂšle les nĂ©gociations menĂ©es en coulisses pour organiser ces transferts. Mauvais traitements et dĂ©tention arbitraire Si les expulsions vers des pays tiers ne sont pas interdites par la loi amĂ©ricaine, elles ne sont autorisĂ©es que dans des circonstances limitĂ©es et sous rĂ©serve du respect d'un certain nombre de procĂ©dures et de mesures visant Ă  assurer la protection des personnes renvoyĂ©es. Or les ONG et les avocats reprĂ©sentant les victimes ont rĂ©guliĂšrement alertĂ© sur les violations des droits humains entourant ces transferts, notamment les traitements dĂ©gradants et la dĂ©tention arbitraire auxquels sont soumises de nombreuses personnes expulsĂ©es une fois arrivĂ©es dans le pays tiers. Au Salvador, plus de 250 hommes ont Ă©tĂ© dĂ©tenus dans une prison de haute sĂ©curitĂ© destinĂ©e aux membres de gangs, dans ce que Human Rights Watch a qualifiĂ© de "conditions de dĂ©tention inhumaines", documentant notamment des "coups rĂ©pĂ©tĂ©s" et des "cas de violence sexuelle". Par ailleurs, le profil de nombre des personnes expulsĂ©es inquiĂšte aussi les groupes de dĂ©fense des droits humains. "Ce qui est extrĂȘmement prĂ©occupant, c'est la prise pour cibles de personnes ayant obtenu des 'suspensions d'expulsion' ou une protection au titre de la Convention contre la torture, qui sont expulsĂ©es vers divers pays africains, mais aussi au Mexique", dĂ©taille Savi Arvey. Historiquement, les personnes qui bĂ©nĂ©ficiaient d'un tel statut n'Ă©taient gĂ©nĂ©ralement pas expulsĂ©es. Mais dans le cadre de sa politique d'expulsions de masse, la nouvelle administration Trump a utilisĂ© ces transferts vers des pays tiers pour expulser ces individus sans avoir Ă  les renvoyer dans leur pays d'origine. Comme Malick et Rabbiatu Kuyateh, Soraya (pseudonyme), une GhanĂ©enne qui a fui aux États-Unis en 2024 en raison de son orientation sexuelle, bĂ©nĂ©ficiait de ce statut. "Une 'suspension d'expulsion', c'est une protection : je pensais qu'ils allaient me protĂ©ger," a-t-elle confiĂ© au consortium. "Mais ils m'ont amenĂ©e au Cameroun, un pays qui n'accepte pas les personnes LGBT." Les craintes se cristallisent en particulier autour du risque de "refoulement en chaĂźne", c'est-Ă -dire de l'expulsion de ces individus vers un pays tiers qui les renverra ensuite vers leur pays d'origine, oĂč ils risquent d'ĂȘtre persĂ©cutĂ©s. "Dans de nombreux cas, nous avons constatĂ© que les pays tiers renvoient bel et bien des personnes vers des pays que les juges amĂ©ricains ont jugĂ©s dangereux pour elles", indique Meredyth Yoon, une avocate amĂ©ricaine suivant les dossiers de plus d'une dizaine de migrants expulsĂ©s vers des pays africains. Isatou (pseudonyme), une GuinĂ©enne qui avait migrĂ© aux États-Unis pour fuir un mariage forcĂ©, a ainsi Ă©tĂ© expulsĂ©e au Ghana, d'oĂč elle a ensuite Ă©tĂ© renvoyĂ©e vers son pays natal. Pour sa sĂ©curitĂ©, nous ne dirons pas oĂč elle se trouve aujourd'hui. Quelques mois aprĂšs son expulsion, elle a dit au consortium n'avoir d'autre choix que de "se cacher". "Je ne sors plus, j'ai peur de tomber sur ma famille dans la rue", a-t-elle racontĂ©. "Ils ont gĂąchĂ© ma vie." "C'est une forme indirecte de renvoi vers un danger" Michael Garcia Bocheneck, directeur par intĂ©rim du programme amĂ©ricain de Human Rights Watch, souligne ainsi : "Nous pensons que le gouvernement utilise ces expulsions vers des pays tiers pour se soustraire aux responsabilitĂ©s qui lui incombent en vertu du droit international, Ă  savoir ne pas renvoyer des personnes vers un danger. [...] Dans de nombreux cas, il semble qu'on parte tacitement du principe que le pays tiers les renverra de toute façon vers leur pays d'origine. C'est une forme indirecte de renvoi vers un danger, et cela constitue toujours une violation du droit international." Carolyn Patty Blum, professeure Ă©mĂ©rite de droit clinique Ă  la facultĂ© de droit de l'universitĂ© de Berkeley, rappelle ainsi qu'en vertu d'"un des principes fondamentaux du droit international" – le principe de non-refoulement –, "nul ne doit ĂȘtre contraint de retourner dans un pays oĂč il court un risque de persĂ©cution, de violation des droits humains ou de torture". "Tant les États-Unis que les pays d'accueil enfreignent ce droit en transfĂ©rant des personnes vers des lieux oĂč elles courent un risque grave de mauvais traitements." Nombre des accords contiennent des termes gĂ©nĂ©raux visant Ă  garantir que les personnes transfĂ©rĂ©es ne soient pas dĂ©tenues arbitrairement ni envoyĂ©es dans un autre pays oĂč elles risqueraient d'ĂȘtre maltraitĂ©es ou tuĂ©es. Mais "les 'assurances' de protection dĂ©clarĂ©es dans le pays d'accueil sont insuffisantes", estime Carolyn Patty Blum, qui pointe Ă©galement l'absence de "mĂ©canismes de contrĂŽle" une fois la personne expulsĂ©e des États-Unis. Par ailleurs, si certains des accords, dits "Asylum Cooperative Agreements", sont censĂ©s garantir que les personnes transfĂ©rĂ©es pourront demander l'asile dans le pays d'accueil, d'autres arrangements (dits "Third-Country Removal Agreements") n'offrent pas les mĂȘmes garanties. "Ce qui est inquiĂ©tant, c'est que dans ce cas, il est souvent fait rĂ©fĂ©rence Ă  un simple transit", indique Savi Arvey. "Il apparaĂźt alors trĂšs clairement que le pays concernĂ© comprend qu'il ne servira que de point de transfert. Cela soulĂšve d'Ă©normes inquiĂ©tudes quant au risque de refoulement." Les dĂ©fenseurs des droits humains ont dĂ©noncĂ© Ă  maintes reprises la politique du DHS consistant Ă  expulser des personnes avec peu ou pas de prĂ©avis - et donc sans rĂ©elle possibilitĂ© de contester leur expulsion s'ils craignent pour leur sĂ©curitĂ© dans le pays tiers. Le 18 septembre 2026, une cour d'appel fĂ©dĂ©rale amĂ©ricaine a statuĂ© qu'expulser des individus vers des pays tiers sans leur donner une possibilitĂ© rĂ©elle de faire valoir des risques de torture ou de persĂ©cution Ă©tait illĂ©gal. Elle a aussi rejetĂ© l'argument selon lequel les garanties gĂ©nĂ©rales apportĂ©es par les pays tiers quant au respect des droits humains seraient suffisantes. Pour James Percival, le conseiller juridique gĂ©nĂ©ral du DHS, cette dĂ©cision n’empĂȘche pas la “politique d’epxulsion vers des pays tiers” de “se poursuivre”, ainsi qu’il l’a assurĂ© peu aprĂšs la dĂ©cision. “Si vous invoquez la crainte de retourner dans votre pays d'origine, le DHS a le droit de vous renvoyer ailleurs.” Une position que ne partage pas Trina Realmuto, directrice exĂ©cutive de National Immigration Litigation Alliance, l’un des groupes Ă  l’origine du recours. AuprĂšs de notre consortium, elle a estimĂ© que “la dĂ©cision prend effet dĂšs Ă  prĂ©sent, ce qui signifie que le DHS ne peut plus continuer Ă  appliquer sa politique actuelle en matiĂšre d’expulsions vers des pays tiers.” Elle pense cependant que le gouvernement amĂ©ricain “fera appel devant la Cour suprĂȘme et qu'il pourrait demander un sursis Ă  l'exĂ©cution de la dĂ©cision pendant la procĂ©dure.” Objectif de dissuasion Si ces expulsions sont au cƓur de la politique anti-immigration de l'administration Trump, c'est aussi parce qu'elle les utilise pour dissuader l'immigration et encourager les auto-expulsions, selon les avocats et les ONG interrogĂ©s. "Si vous entrez illĂ©galement dans notre pays et que vous enfreignez nos lois, vous risquez de vous retrouver au Cecot [la prison salvadorienne mentionnĂ©e prĂ©cĂ©demment, NDLR], Ă  'Alligator Alcatraz' [un centre de rĂ©tention amĂ©ricain, aujourd'hui fermĂ©], Ă  Guantanamo Bay, au Soudan du Sud ou dans un autre pays tiers", prĂ©venait Tricia McLaughlin, la porte-parole du ministĂšre amĂ©ricain de la SĂ©curitĂ© intĂ©rieure, en aoĂ»t 2025. "Dans le cas de pays comme les Palaos ou l'Eswatini, le but est que l'administration puisse menacer les gens de les abandonner littĂ©ralement au milieu de nulle part", aurait dĂ©clarĂ© de son cĂŽtĂ© un responsable amĂ©ricain, selon un rapport des membres dĂ©mocrates de la commission sĂ©natoriale amĂ©ricaine des relations extĂ©rieures. ContactĂ© par le consortium, le dĂ©partement d'État amĂ©ricain dit vouloir "utiliser tous les moyens lĂ©gaux" pour expulser les individus n'ayant pas le droit de rester aux États-Unis et ne faire aucun commentaire sur ses Ă©changes diplomatiques avec d'autres gouvernements. La police de l'immigration ICE n'avait pas rĂ©pondu Ă  nos questions au moment de la publication. Le consortium a Ă©galement contactĂ© les gouvernements des 35 pays ayant conclu un accord avec les États-Unis. Les ministĂšres mexicains des Affaires Ă©trangĂšres et de l'IntĂ©rieur ont rĂ©itĂ©rĂ© qu'ils n'avaient pas signĂ© d'accord avec les États-Unis pour recevoir des citoyens Ă©trangers et ont affirmĂ© accueillir ces personnes "pour des raisons humanitaires". Le ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres de la Moldavie a dĂ©menti avoir signĂ© un accord. Les autres pays n'avaient pas rĂ©pondu aux sollicitations au moment de la publication. "Menaces relatives aux droits de douane ou aux interdictions de visa" Les raisons qui poussent les pays Ă  accepter ces ressortissants restent souvent floues. MĂȘme lorsque les accords ont Ă©tĂ© rendus publics, les contreparties ne sont souvent pas mentionnĂ©es. Mais selon des informations obtenues par le Washington Post dans le cadre de cette enquĂȘte, les États-Unis se sont engagĂ©s Ă  verser plus de 81 millions de dollars (70 millions d'euros) Ă  13 pays en lien avec ces accords. Ces engagements financiers s'Ă©levaient, par exemple, Ă  plus de 15 millions de dollars (13 millions d'euros) pour le Guatemala ou le Honduras, et Ă  plus de cinq millions de dollars pour six autres pays – la RĂ©publique dominicaine, l'Eswatini, la GuinĂ©e Ă©quatoriale, le Liberia, les Palaos et le Rwanda. De nombreux Ă©lĂ©ments indiquent toutefois que ces contreparties ont aussi trait Ă  des considĂ©rations gĂ©opolitiques ou Ă©conomiques plus larges – contreparties qui ne peuvent souvent ĂȘtre que dĂ©duites, Ă  partir d'arrangements concomitants aux transferts de personnes. Le rapport des dĂ©mocrates de la commission sĂ©natoriale souligne ainsi que ces expulsions sont utilisĂ©es comme "monnaie d'Ă©change" et que ces pays tiers subissent "des pressions sous forme de menaces relatives aux droits de douane, aux interdictions de visa ou Ă  des rĂ©ductions de l'aide". Dans le cas du Ghana, par exemple, le ministre des Affaires Ă©trangĂšres a admis, aprĂšs l'accord, que des responsables amĂ©ricains avaient Ă©voquĂ© de possibles concessions en matiĂšre de visas et de droits de douane pour son pays. Quelques jours aprĂšs l'annonce de cet accord, les États-Unis ont levĂ© les restrictions sur les visas de cinq ans imposĂ©es au Ghana deux mois plus tĂŽt. Michael Garcia Bocheneck rĂ©sume : "Je pense que tout le monde craint un peu les États-Unis. Je pense qu'ils savent tous que la bienveillance des États-Unis dont ils bĂ©nĂ©ficient est trĂšs fragile, et que chacun essaie de faire tout ce qu'il peut sur le plan politique pour la prĂ©server le plus longtemps possible." Magdalena Hervada, LĂ©a PĂ©ruchon, SofĂ­a Álvarez Jurado (Forbidden Stories) et Karina Chabour ont contribuĂ© Ă  cet article. Deportation Project : une enquĂȘte internationale sur la politique migratoire de Trump Sans passeports ni repĂšres : au Cameroun, les naufragĂ©es de la politique migratoire de Trump Reporters + : ICE, Trump et l'Afrique - Accords secrets, vies sacrifiĂ©es Carte interactive : l’ampleur de la politique de l’administration Trump en chiffres RĂ©cit graphique : "Un vol pour le Ghana : expulsĂ©s des États-Unis vers un pays inconnu" (Ă  venir le 22/09) "Je n’avais jamais entendu parler de l'Eswatini" : expulsĂ©s dans un pays qui les rejette (Ă  venir le 23/09)

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